Mi-février fut, pour notre groupe, l’occasion de se rendre en amérique du sud, sur la rivière Mataven en Colombie, pour en découdre avec les mythiques peacocks. Le Mataven, prend sa source dans les basses forêts de la plaine amazonienne, et s’étend sur près de 630 km de long, dans la région du Vichada. C’est un petit affluent du fleuve Orénoque. A l’exception des deux Toulousains qui rempilaient pour une seconde expérience, pour les autres membres du groupe, c’était une première.La destination est proposée en Europe, par Julien Pierroz, (http://expedition.onifishing.ch) spécialiste des destinations sud-américaines. La logistique sur place est quant à elle coordonnée par l’équipe « Pesca Colombia » de Cristian Vanegas.Pour nombreux d’entre nous, ce séjour était une attente de longue date. Nous avions choisi «el rio Mataven» pour une première expérience au peacock, en raison de sa capacité à produire et à offrir des poissons d’exception. On y trouve deux espèces originaires des bassins de l’Orénoque et de celui du Rio Négro : les mariposas (Cichla orinocensis) reconnaissables par les trois ou quatre tâches noires cerclées de jaunes sur leurs flans, et les fameux temensis (Cichla temensis), espèce qui produit les plus gros spécimens, reconnaissables par les 3 bandes noires complètes plus ou moins marquées sur leurs flans en fonction des différents stades de leur croissance.

Le tourisme est relativement récent en Colombie, en raison des nombreuses années de conflits armés qu’a traversé le pays. La pêche sportive en est à ses balbutiements, car encore considérée comme risquée. Par exemple, Bogotà capitale d’un peu plus de 8 millions d’habitants ne comporte qu’un seul petit magasin d’article de pêche. Si l’on ajoute à l’équation, le salaire moyen d’un colombien (environ 260€/mois) on comprend vite que la pêche est essentiellement pratiquée par des étrangers.Après une visite de Bogotà, capitale haute en couleurs située un plateau à 2640m d’altitude, c’est par l’intermédiaire d’un vol intérieur que notre équipe va rejoindre  « Puerto Inirida », dernière ville avant de remonter jusqu’au camp de pêche. Un sentiment de désolation nous traversa, en observant par les hublots les centaines de départs de feux de forêts, à l’approche d’Inirida. L’Amazonie se consume de manière inexorable…Le lendemain, il nous faudra près d’une heure trente d’une navigation mouvementée sur le fleuve Orénoque, frontière entre Colombie et Venezuela marqué par différents checkpoints militaires, pour rallier Inirida à la confluence entre l’Orénoque et le Mataven.

A ce point de rencontre, nous allons être accueillis, par des dauphins, mais surtout par une partie de l’équipe « Pesca Colombia », ainsi qu’avec la communauté « Piaroa » qui va nous accompagner durant cette semaine.  Les Piaroas sont un peuple indigène d’agriculteurs du bassin de l’Orénoque. Ils vivent dans des villages ou « communautés », égalitaires, dans lesquels les états colombiens et vénézuéliens n’ont le droit ni d’intervenir, ni d’interagir. On trouve dix-huit de ces communautés en Colombie.

Deux de ces communautés sont situées sur les bords du Mataven et ceux sont elles qui autorisent chaque année, l’organisation des séjours de pêche et accompagne logistiquement, une quinzaine de membres  : skippers, guides, cuisiniers, intendants, etc.., les différents groupes de pêcheurs. Elles imposent également une réglementation stricte sur la rivière : pêche avec hameçons simple obligatoirement, et navigation au thermique interdite dans les lagunes, les déplacements se font alors uniquement à la pagaie. Ainsi, les deux communautés bénéficient à parts égales de l’économie liée au tourisme pêche, tout en contrôlant l’impact anthropique sur la rivière.

Un bon modèle de développement durable !

La région du Mataven est une réserve de biodiversité encore particulièrement préservée : jaguars, pumas, serpents, anacondas, caïmans, loutres, dauphins, mammifères, singes, et oiseaux par dizaines peuvent être observé. C’est le bassin le moins transformé de tous les sous-bassins colombien avec seulement 1% du bassin impacté par les activités humaines.

La rivière est également bien préservée, (ni déchets, ni plastiques, ni trace d’activité humaine..). Sauvage et hostile, elle servait autrefois de voie de transit aux narcotrafiquants (une ancienne piste d’atterrissage, qui appartenait à Pablo Escobar se trouve sur l’aval de la rivière).Il y a deux camps de pêche sur le Mataven, le premier se trouve à trois heures de navigation en pirogue de la confluence avec l’Orénoque, tandis que celui sur lequel nous allons, se trouve encore plus en amont à six heures de pirogue.

Les groupes de pêche alternent systématiquement sur chaque camp, de telle sorte que l’on peut être certain que les poissons n’ont pas croisé de leurres durant les dix jours précédant son séjour.

En remontant la rivière, nous éloignant de toute activité humaine, on constate que la forêt se densifie, elle parait de plus en plus impénétrable et sauvage, pour autant février est un mois qui fait parti de la saison sèche dans la région, et la végétation n’est donc pas spécialement luxuriante.

Arrivé sur le camp, nous serons surpris par la logistique mise à notre disposition : tente individuelle avec lit militaire, nourriture copieuse et de qualité, w.c, douches, vêtements lavés chaque jour, bref… Personne n’en attendait tant dans ce recoin de l’Amazonie, c’en était presque trop.La pêche sur le Mataven se pratique depuis de grandes pirogues, avec un tirant d’eau très faible, elles s’avèrent idéales pour prospecter les zones peu profondes. Sur chacune d’elles, nous pêchons en binôme, avec un guide et un skipper, qui pilote l’embarcation, rame dans les lagunes, et plonge pour récupérer un poisson ou un leurre perdu.. Les guides et skippers sont aux petits soins pour que tout se passe au mieux.

Pour l’anecdote : tandis que la peur de marcher sur une raie venimeuse, une anguille électrique, ou tout autre hostilité, nous rappelle que le premier centre de soin se situe à plus de huit heures de navigation.. Un des membres de la communauté n’a pas hésité à sauter dans la rivière, de nuit, pour nous ramener un caïman à la main. Surréaliste !Les peacocks sont présents aussi bien dans la rivière, que dans les multiples lagunes qui y sont connectés. Les lagunes sont des étendues d’eau calme plus ou moins vastes, d’un à plusieurs dizaines d’hectares, avec des profondeurs variant de un à quatre mètres, ressemblant à des marais. D’autres espèces ont plutôt leurs préférences, ainsi on a plus de chance de tomber sur des petits aïmaras , ou des petits cichlidés aux couleurs magnifiques, dans les eaux calmes des lagunes. Tandis que pacus, payaras et catfishs préféreront les zones courantes.Durant notre séjour, en raison des conditions du moment, il y avait deux approches bien distinctes pour capturer des peacocks, ce qui ne doit évidement pas être toujours le cas.

Le premier schéma consistait à dérouler des pêches de bordure, que ce soit dans les lagunes ou la rivière, en allant chercher les poissons embusqués dans la végétation et les bois morts. Une pêche très plaisante, où en alternant stickbait, jerkbait et bucktail, on pouvait multiplier les touches, de peacocks. La densité de peacocks mariposas entre un et cinq kilos est conséquente, et lorsqu’ils sont en activité, sur trente mètres de végétation, il n’était pas rare d’avoir une dizaine de touches de poissons différents.Les poissons manqués avaient d’ailleurs une fâcheuse tendance à revenir sur les bucktails (nous en avions toujours un de monté). Les touches au bucktail sont d’ailleurs surprenantes, tant elles peuvent-être violentes, ou tant par moment il peut se faire aspirer à la descente avec une délicatesse impensable. Cette approche ludique des bordures permettait également de capturer quelques petits témensis (de 1 à 6 kg), mais rarement les fameux monstres du Mataven.Durant notre semaine, la sonorité des stickbaits semblait avoir son importance, le Super Spook (Heddon), le Zarari (Borboleta) et le Jumpin Minnow de chez Rebel possédaient des sonorités sur laquelle les peacocks réagissent bien. Du cotés des jerkbaits, les modèles qui nous ont rapporté le plus de poissons sont, les B’freeze 100 et 128 (Lucky-Craft), le K-Ten (Tackle House), et le Rudra 130 (OSP). Les bucktails en tout genre, fonctionnaient bien tant que le grammage était compris entre dix et vingt grammes, et que les matériaux étaient suffisamment résistants pour supporter les assauts répétés des peacocks, des piranhas, ou des aïmaras.La seconde approche consistait à cibler spécifiquement les temensis. Plus méfiants et moins nombreux, ces poissons font partis des superprédateurs de la rivière.Les bancs de sable, peu profonds formés par les méandres de la rivière, semblaient être des postes de choix, on en voyait chaque jour postés dessus, malheureusement, la plupart de nos tentatives sur ces configurations se sont avérées vaines.

Bien que quelques couples aient été observés durant la semaine, ces géants étaient plutôt solitaires et isolés, à défendre les boules d’alevins. La stratégie la plus productive consistait donc à pêcher l’eau au milieu des lagunes, en espérant croiser et faire réagir un individu. Une pêche au mental semblable à celle des brochets pélagiques. Cette approche rapportait beaucoup moins de touches, mais chaque touche pouvait être couronnée par la capture d’un véritable géant de quinze ou vingt livres.Le Mataven étant un des rares endroit au monde ou la probabilité de capturer un peacock de plus de vingt livres n’est pas négligeable. Plus d’une dizaine ont d’ailleurs été capturés durant notre semaine.. Exceptionnel !!Ces fameux géants étaient malgré tout relativement sélectifs et ne réagissaient pas sûr tout. Les leurres qui ont fait réagir le plus de temensis :

– Le buster-jerk qui par sa sonorité et son déplacement d’eau, à vraiment été redoutable.

– L’Es-flat (Evergreen) sortait vraiment du lot pour déclencher les gros poissons quand il n’y avait pas de vent.– Les spinnerbaits de plus de 28 gr avec des jupes aux teintes claires ont été très efficaces du début à la fin.

– Les gros shad, (type pro-shad 23 cm, Fox) ont permis de faire une paire de poissons en fin de séjour, lorsque la pression de pêche commençait à se faire ressentir.

– Enfin, deux modèles de leurres à hélices ont également permis chaque matin de faire bouger quelques très gros poissons, avec des aspirations impressionnantes, mais où les poissons semblaient d’avantage chasser le leurre de leur territoire que vraiment l’attaquer. Le Jaraqui de chez Borboleta, et un « must have » le RipRoller 6.5 de chez Highroller.

D’ordinaire, temensis et mariposas semblent se mélanger et cohabiter aussi bien en bordures qu’en milieu de lagunes, ce qui permet, tout en multipliant les touches, de pouvoir capturer un géant. Or lors de notre séjour, les deux espèces avaient des tenues si distinctes que le choix était cornélien entre se priver de touches pour espérer toucher des géants, ou a contrario faire l’impasse sur les géants pour multiplier les captures de poissons plus modestes (entre un et six kilos tout de même..). Les deux choix se respectent tout autant, et dans notre pirogue nous avions tendance à faire du fifty-fifty. Au niveau des cannes, à une ou deux exceptions près nous avions tous des cannes multi-brins, l’idéal étant de les avoir avec des emmanchements qui ne tournent pas, et à ce jeu là, les cannes Jabbers au rapport qualité-prix imbattable et les Deps Huge-Custom travel ont parfaitement remplis leur mission.Coté moulinet, il vaut mieux embarquer des mécaniques robustes avec des ratios rapides, voir très rapide, garnis de tresse entre 30 et 50 lbs. D’une part, pour pouvoir récupérer rapidement la bannière créée par l’animation des leurres (à hélice entre autres) et d’autre part pour pouvoir extraire au plus vite les poissons des obstacles. Les Lew’s super duty wide, Super duty 300, ZPI Alcance, et Daiwa tatula 200 sont bien adaptés. Le Lew’s Hypermag avec son ratio de 8.1 est quant à lui parfait pour toutes les pêches légères (bucktail, stickbait).

Malheureusement, à l’heure de clôturer ces quelques lignes, comme partout, la pandémie de Covid19 progresse au sein des populations autochtones amazoniennes, qui semblent encore plus démunis que nous fasse à ce désastre sanitaire. Alors, si le coeur vous en dit, une collecte de fond a été mise en place pour leur venir en aide. https://www.vakinha.com.brEnvie de découvrir la pêche en Amazonie ? Contacter Julien de ma part, sa grande expérience vous fera vivre un séjour inoubliable, riche en émotions et rempli de souvenirs.

Micka