Ce rendez-vous pour la mi-septembre était fixé depuis plusieurs semaines avec Clément https://babassfishing.com/ pour une journée aux thons au large d’Arcachon à bord du Black Swan.

C’est un Humber Ocean pro 630 équipé d’un moteur Suzuki de 150cv. Largement suffisant pour propulser à 40 nœuds l’équipage, assis sur des sièges jockey qui n’arrivent pas à vous faire oublier l’inconfort généré par un bon clapot lors de la navigation vers la zone de pêche. En revanche, ils procurent un confort indéniable en évitant de se casser le dos, à l’instar des combats en station debout. Enfin, la stabilité des semi-rigides à l’arrêt n’est plus à démontrer.

La surface de pont est réduite surtout à l’avant, ce qui demande une période d’adaptation aux deux pêcheurs lorsqu’il faut propulser son leurre dans le bouillonnement de la chasse. Adaptation également nécessaire avec le matériel. Clément insiste là-dessus. Par respect pour ce superbe voyageur au long cours ne sous-dimensionner pas vos combos afin de réduire la durée du combat. Ainsi, je pêcherai avec une canne Smith K.O.Z Expédition 80lbs et un Stella 10 000 équipé d’une tresse 8 brins 90lbs.

Pour le shock leader : au moins 1 mètre (1,2m) en 150 (mini)-180/100 : si sa longueur impose de faire attention à son voisin, son gros diamètre limite le risque de casse. Nous en ferons l’expérience avec un thon de 70kg où les entailles pourrons représenter jusqu’à 25 à 30 % du diamètre.

Enfin concernant l’armement des leurres : il faut absolument privilégier deux hameçons simples ou un seul triple en position arrière. Le but est de minimiser le risque de blessure au poisson et faciliter sa décroche. Malgré sa démonstration de puissance lors des combats le thon est fragile : un poisson qui saigne… c’est une release vouée à l’échec (certains évoquent un thon hémophile, mais je n’ai pas trouvé de publication sur ce sujet, par contre il est certain que son débit cardiaque très élevé (x10 versus truite) favorise les saignements, que le taux d’acide lactique dans ses muscles après un long combat peut-être létal, et que sorti de l’eau sa thermorégulation pourrait être mise sérieusement en défaut en complément d’un état d’hypoxie (consommation d’oxygène 2 à 5 fois supérieure à celle des salmonidés)).

 

Nous embarquons au lever du jour et rejoignons dans le bassin un autre bateau, des amis de Clément, eux aussi en route pour le thon. C’est sympa, nous pourrons échanger des infos sur l’activité des poissons au cours de la journée via la VHF.

 

La sortie du bassin est délicate. On se présente à la pointe du Cap Ferret, où nous pouvons observer des chasses de bars sur les hauts fonds sableux. La houle est forte et la hauteur d’eau réduite, Clément renonce par sécurité. On s’engage dans la passe Nord, et nous voici partis pour 1h30 de navigation dans une mer formée…une petite séance d’équitation sur nos sièges jockey !

 

 

 

 

Le début de matinée est assez calme ; quelques petites chasses qui ne tiennent pas mais les protagonistes sont de taille avec une catégorie poids plume qui débute à 50kg… Le spectacle est fascinant, une nature violente et magnifique.

Je dois avouer que les premiers lancers sont laborieux : gérer ses appuis dans la houle à l’arrivée sur la chasse, le lancer bras tendu par-dessus avec un œil occupé à épargner son voisin et l’autre à repérer le dernier remous créer par un thon… c’est chaud. Heureusement la mer va progressivement se calmer.

Les leurres durs volent (ou essayent) sur les chasses sans grand succès…. Mais cela nous fournit quelques informations sur la pêche du jour : seuls les poppers 150mm semblent pertinents avec un refus et un poisson raté.

On commence à évoquer la pause casse-croûte lorsque Clément détecte au loin une chasse, un run soutenu dans sa direction et on découvre une activité folle sur l’équivalent de deux terrains de football. Je vous dirai bien trois terrains mais vous allez me prendre pour un marseillais :)). La chasse tient ce qui nous permet d’insister sur la zone et de toucher le premier thon.

Tous les combats se dérouleront suivant un schéma assez similaire :

– Un premier gros rush à suivre après le ferrage, ne rien faire, tenir fermement sa canne et attendre. Puis débute une longue séance « shadokienne » : pomper, pomper…

afin de ramener le thon à l’aplomb du bateau.

-À cet instant, c’est match nul et le timing idéal pour passer la main : le poisson est en opposition totale dans la zone des 20-25 mètres, plus rien ne bouge. Essayez de déplacer un char Leclerc à l’arrêt avec une canne à pêche de 80lbs et une sensation d’impuissance va rapidement vous envahir…

… de quoi vous laissez pensif, n’est-ce pas Mme Sarfati ? … :))

-Puis le tank s’anime, tente un nouveau tour de circuit en mode Formule1, mais le contre est plus « facile » et on peut s’attaquer à la remontée en surface,

-Le fish grip est prêt, même si un troisième rush n’est pas à exclure avec les poissons les plus endurants.

L’instrument est indispensable pour un décroché en sécurité à l’aide d’une pince dégorgeoir XXL sans sortie de l’eau. De plus, il permet de réoxygéner le poisson en le maintenant quelques minutes le long du bateau en avance très lente.

Pour le déjeuner, on rejoint le second bateau qui a subi deux casses après 20 minutes de combat sur des gros spécimens (attention au diamètre du shock leader).

Le début d’après-midi est calme, à l’image de la mer mais le sondeur nous permet d’observer une forte concentration de poisson fourrage sur la zone. On se met en stand-by et la patience de notre guide sera récompensée, la surface commence à s’animer.

Après trois refus avec un popper en coloris Malboro, je touche mon premier thon (un 50kg). Les autres couleurs ne donnent rien, Clément décide de monter un popper blanc sur une des cannes ce qui nous assurera le plus gros fish de la session : un 70kg pour 155cm. Après plus de 40 minutes de combat, le thon fait surface, le popper est invisible… En concertation avec le second bateau, qui ce jour est le seul à disposer d’une bague à bord, la décision de prélèvement est prise.

Un petit mot sur la réglementation https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000041728839/2020-09-22/ : la pêche loisir du thon rouge est soumise à déclaration et autorisation, valable pour le bateau et non pas le pêcheur. C’est en no-kill, sauf à disposer d’une bague de prélèvement (de couleur bleu ciel en 2020) également valable pour le bateau (thon de 115 cm et/ou plus de 30kg).

Des instants inoubliables avec un joli travail d’équipe : deux pêcheurs pour se relayer durant le combat et un pilote à la manœuvre pour maintenir le bateau dans le bon axe.

Le seul poisson monté à bord après oxygénation pour une photo express avant release

Une belle expérience, la pêche du thon rouge sur chasse au popper : c’est un moment magique, de l’adrénaline pure à haute dose surtout lorsque les prises dépassent les 50kg !

Merci à Clément pour son accueil, on reviendra.