Bien souvent, l’être humain ne se rend compte de l’importance de certaines choses qu’après les avoir perdues. Il se dit alors qu’il n’en a pas assez profité et il essaie de retrouver ce qu’il a perdu, parfois au prix de gros sacrifices. Que ceux qui pensent que je vais évoquer dans cet article des relations amoureuses ou amicales se rassurent, je vais traiter d’un domaine au combien plus important et sérieux : la pêche du brochet. Ce poisson parfois appelé « sire esox » ou « roi des carnassiers » s’est fait détrôné par d’autres espèces dans bon nombre de régions en France. Dans mon département des Pyrénées-Orientales, il est tout simplement en voie de disparition, ne subsistant que dans quelques plans d’eau et rivières où le peu de sujets présents y subissent une pression de pêche considérable.

Pour avoir plus de chance de toucher des poissons de belles tailles, je franchis donc parfois les limites du Pays Catalan pour m’expatrier dans les régions situées plus au Nord. Ces dernières connaissent les mêmes problèmes au niveau des populations de brochets, mais il y existe encore quelques endroits toujours préservés qui permettent de rechercher spécifiquement et avec une réelle chance de capture ce superbe prédateur. En ce début du mois de mai, je suis parti pour deux jours de pêche. Je dormirai au bord de l’eau, dans mon véhicule. Durant la première matinée de pêche, je prospecte une partie du plan d’eau à la recherche d’herbiers pouvant abriter un « gros bec ». Ce n’est pas un scoop : les brochets aiment squatter les herbiers, surtout à cette saison. Le problème est que je ne trouve ni herbiers ni brochets… Je change donc de secteur l’après-midi. Ici la végétation aquatique est bien présente. C’est largement brochetable (adjectif invariable : qui est susceptible d’être peuplé de brochets. Qui permet la pêche du brochet). Mais je ne trouve pas les poissons. De plus, les orages se succèdent, m’obligeant à sortir de l’eau lors de chaque passage orageux. Car je suis en float-tube et je préfère éviter le foudroiement (chacun son truc). Malgré des conditions dantesques, qui laisseraient supposer à une mise en activité des carnassiers, je n’aurai pas une touche jusqu’à la nuit.

Le lendemain est beaucoup plus agréable. Il fait beau, presque chaud et Mr K me rejoint avec sa barque (seuls quelques rares chanceux connaissent ce sympathique personnage qui vit à l’écart de tout réseau social). Sa coquille de noix de 2,6m à la stabilité aléatoire est dépourvue d’électronique. Mais Mr K a bien d’autres atouts qu’aucun équipement même des plus onéreux ne peut égaler : sa grande connaissance du lieux et des poissons qui l’habite. On dirait parfois que Mr K a été élevé par un couple de brochets avant de découvrir la vie civilisée…

La journée passe et malgré de rares poissons suiveurs, nous ne remontons aucune prise au bateau. Nous pêchons essentiellement avec des shads de plus de 20cm mais nous essayons aussi, lorsque le mental flanche un peu, chatters, spinners, jerks, stickbaits, swimbaits… mais rien n’y fait. Nous repassons sur de gros leurres souples parce que ça plait aux poutres et parce que c’est ce qu’on aime (pêcher les poutres avec de gros leurres). Mr K aime beaucoup le Gator Gum en  22cm. Il faut dire que ce leurre lui a rapporté bon nombre de spécimens de plus d’1,10m et même quelques-uns de plus d’1,20m. Moi j’apprécie le Wolfcreek Shad en 24 cm. Sa nage caractérisée par un fort rolling se déclenche à très faible vitesse et cela me convient parfaitement.

Sur un long shallow très densément planté un très gros poisson suit le leurre de Mr K jusqu’à la barque avant de faire demi-tour. Les lancés se succèdent sur la zone mais nous ne le reverrons pas. Nous continuons alors notre dérive avant de faire demi-tour pour repasser sur la zone quelques dizaines de minutes plus tard dans l’espoir d’arriver enfin à décider cette grosse mémère qui doit bien camper par là. Dès le premier lancé, alors que mon shad nage au plus près de la végétation, un « toc » et une grosse lourdeur se font sentir dans la canne. Je ferre de façon ample et le blank se plie considérablement : le poisson n’a pas bougé d’un centimètre alors que j’ai mis tout ce que j’avais dans le ferrage. J’annonce que c’est très gros. Mon adversaire exécute des rushs surpuissants mais ils sont très bien contrés par la canne qui sait, de par sa souplesse et sa réserve de puissance, maîtriser le poisson (c’est moi qui l’ai faite 😉 ). Il monte assez rapidement au bateau et Mr K reconnait son brochet suiveur qui s’est finalement décidé. Après un efficace coup d’épuisette, nous faisons quelques photos sur la berge et mesurons la dame à 113cm. La relâche se passe sans encombre. Nous sommes aux anges.

ça pèse un peu

C’est ce leurre qui a fait craquer la miss. Il était placé sur ce montage shallow, mais plombé à 5g (le corkscrew d’origine, sans lest, est remplacé par un plus lourd, celui-là en l’occurrence). Après avoir pêché à 7g nous sommes descendus en poids pour passer le plus lentement possible près de la zone de tenue. A croire que ces 2 grammes de moins en tête ont pu faire la différence malgré des montages qui pèsent au total plus de 100g.

Quasiment 26 heures à balancer du lourd pour une touche. Mais quelle touche ! C’est ça la pêche bigbait : peu de poissons mais des poissons de grande qualité. Merci Mr K pour le partage et pour ces moments de rigolade à chercher le « grand gosier ».

Petite vidéo du release.