Parmi les espèces de poissons les plus consommées en Europe, le saumon occupe très certainement une des places du podium. Tout le monde s’est déjà régalé en mangeant un pavé de saumon ou une tartine de saumon fumé ! Dans l’écrasante majorité des cas, ces saumons proviennent d’immenses piscicultures basées dans les pays nordiques, de Norvège ou d’Ecosse principalement. 

Nombreux sont ceux qui pensent que les saumons vivent en mer. Pourtant, ils passent une grande partie de l’année et de leur vie en général, en rivière pour grandir puis, pour se reproduire. Je ne vais pas vous raconter la vie du saumon, ni les façons dont j’ai l’habitude d’en manger. En revanche, je vais essayer de vous faire partager ma première rencontre avec ce poisson exceptionnel au bord de l’eau.

 

Nous sommes fin juin. Comme chaque année depuis fort longtemps, j’ai la possibilité de partir en vacances plusieurs semaines chez mes grands-parents au Pays basque. Le coin étant connu pour ses rivières à truites, impossible pour moi d’arriver sans quelques cannes et boites de leurres. J’entreprends alors quelques sessions en solitaire, les pieds dans l’eau fraiche de la Nive et de la Nivelle.

Loin d’avoir été exceptionnelle au niveau des captures, ma quinzaine au Pays basque arrive doucement à son terme. Mais avant de partir, impossible de ne pas faire une session avec les copains membres de l’AAPPMA locale ! Manque de pot, il a plu toute la nuit et le niveau de la Nive monte en flèche, l’eau se teinte fortement dans la matinée. C’est mal parti pour notre coup du soir.

Notre pote Juju propose d’aller le plus en amont possible de la rivière afin d’éviter de pêcher de la boue. Nous arrivons sur le bord de la rivière, elle est belle, légèrement piquée mais le niveau est normal. C’est une totale découverte pour moi, je n’ai jamais eu l’occasion de pêcher ce parcours. Pour éviter de se marcher dessus, on divise notre groupe en deux. Jon et Juju partent 500 m en amont. Je me retrouve avec l’acolyte Louis. C’est parti !

L’eau étant piquée, Louis opte pour un petit poisson nageur avec un coloris bien flashy. Perso je ne réfléchis pas, je sors ma plus belle cuillère Meps aglia 2 argentée ! Le premier contact ne se fait pas attendre, je prends une belle touche en plein courant, eu égard au reflet laissé par le poisson, je pense à une truite de mer, sinon une belle truite. Pas de chance, elle ne se pique même pas, elle ne reviendra pas. Quelques dizaines de mètres plus haut je sors une petite truite, elle fait plaisir.

On continu de remonter la rivière mais sans succès. L’eau se teinte à vue d’oeil, elle devient de plus en plus laiteuse, on est plus très confiant. Louis tourne ses différents poissons nageurs sans résultats. Je change de leurre, j’opte sans trop de convictions pour une petite cuillère ondulante, leurre que j’ai clairement sous-utilisé les années précédentes. Avec ce qui va arriver par la suite, croyez-moi, je m’en servirai plus souvent ! J’attrape d’ailleurs une truite plus correcte au premier lancé avec, c’est cool !

Nous arrivons en haut du parcours, impossible de continuer de remonter la rivière. Le dernier spot est un gros pool profond avec un courant lent, engouffré entre plusieurs blocs de roche mère. Sur un lancer assez court, ma cuillère ondulante passe pour la 3 ou 4ème fois en parallèle de la roche mère. Au moment de la sortir de l’eau, je vois une torpille surgir de nulle part à toute vitesse. Un énorme poisson vient de se saisir de ma petite cuillère en surface. Au ferrage je cris «Saumon ! Saumon !».

Cette situation est inédite, jamais je n’ai rencontré un poisson aussi gros dans un environnement aussi confiné. C’est le début d’un long et difficile combat, en totale improvisation bien-sûr ! Le stresse est à son paroxysme. Que ce soit Louis ou moi, nous sommes extrêmement concentrés. Il est évident que la moindre erreur de ma part lors du combat serait fatale.

Louis immortalise le combat en vidéo, son issue restant encore très incertaine. De mon côté, je ne peux absolument rien faire, je combats ce poisson du mieux que je peux sur ma petite 3,5/10 g. Ce poisson est très lourd et incroyablement puissant ! Par chance, il ne cherche pas à dévaler la rivière, il se maintient en plein milieu du courant mais je ne peux rien faire.

Le combat est long et musclé. Par moment, je sens mon fluro en 18/100 frotter contre la roche mère, si je force de trop c’est la casse assurée ! Le saumon tourne dans tous les sens, je prie pour que l’hameçon simple sans ardillon de ma petite cuillère ondulante tienne le coup. Je répète à plusieurs reprises à mon acolyte qu’ « on ne peut pas perdre un fish comme ça ! ».

Après plus de 10 minutes d’un combat acharné, ce poisson exceptionnel commence à fatiguer. Il est clair que ma petite épuisette à truite ne nous sera pas d’une grande utilité. Le seul moyen d’assurer la capture de ce saumon est de l’attraper à la main. Louis attend le bon moment et passe délicatement sa main droite autour de sa nageoire caudale et sa main gauche sous sa tête et ça y est, c’est terminé ! A noter au passage que le saumon était à peine piqué sur le coin de la gueule.

Après quelques cris de joie, les mains tremblantes, obligé de prendre quelques photos et mesures. J’ai du mal à réaliser ce qu’il se passe, je tiens entre mes mains un magnifique saumon de 85 cm. C’est un poisson en super état, pas abimé, vêtu d’une robe sublime et en pleine forme. Après la séance photo, il ne met pas longtemps à repartir dans son élément. Ce qu’il vient de se passer est incroyable.

Cette session totalement improvisée se termine de la meilleure des manières. On appelle les deux autres collègues pour se retrouver au parking et rentrer. On décide de faire durer le suspense jusqu’au bout au sujet de ma prise du jour. Arrivé aux voitures, je leur montre les photos et la surprise est totale ! Ce moment restera à jamais gravé dans ma mémoire. Partager ce souvenir avec les copains c’est quand même le top.

La chance a quand même une part relativement importante dans la capture d’un saumon en rivière. En effet, durant toute la période où le saumon remonte la rivière, il ne se nourrit pas ou presque pas. On parle du « poisson aux 1000 lancés ». Nonobstant la faible probabilité d’un tel événement, j’ai réussi à toucher puis à sortir ce poisson exceptionnel, ce roi de la rivière, et ce, sans le chercher. Je remercie donc ma bonne étoile et bien sur mes camarades, sans qui cette expérience n’aurait pas eu lieu.

Je profite de cet article pour passer un petit message. Le saumon fait l’objet d’une protection dans tous les pays européens sauf la France contre la pêche aux filets. C’est bien triste, surtout quand on sait qu’il s’agit de la principale cause de disparition de l’espèce. La capture de ces poissons en rivière est assez rare, pour ne pas dire anecdotique, c’est dommage. En dépit du combat mené par les AAPPMA locales, les populations diminuent chaque année. Il faut tout faire pour préserver le saumon, roi de nos cours d’eau.