Tout a certainement été dit sur la pêche au toc, des détails techniques controversés sur l’étalement de la plombée jusqu’à la forme de l’hameçon pour telle ou telle larve, alors non, je ne vais pas rentrer dans le détail de la technique une nouvelle fois, mais plutôt vous livrer mon rapport au toc et mon impatience de renouer avec cette pêche dès le mois de mars….

Ce n’est pas la première pêche que j’ai pratiquée, et tant mieux car c’est une des plus difficiles qui soit. J’ai tout simplement débuté dans la mare de la maison familiale, avec un bête bouchon, à la recherche des petits carassins et gardons qui la peuplaient…

Le toc est néanmoins vite arrivé dès que mon autonomie de déplacement en vélo et en mobylette par la suite a grandi. Il faut dire que dans ma Normandie natale les petits ruisseaux sont nombreux, et les truites, à défaut d’y devenir énormes, y sont plutôt nombreuses. Puis à force d’arpenter ces petits bouts de rivière j’ai fini par croiser Gaël, qui a contribué à la découverte de cette pêche. On a alors littéralement décortiqué le moindre ru à des kilomètres à la ronde (l’autonomie d’une 103SP à peu près), et je ne peux vous décrire mon attachement à la technique sans y associer mon pote.

C’est cet acharnement sur les truites qui nous a un temps laissé une longueur d’avance au carnassier. La tension dans la bannière est sinon la clé un élément crucial au toc comme dans la pêche du sandre en linéaire par exemple, une des variables qui sont la condition sine qua none de la réussite…

Car le toc est de ces techniques d’une simplicité extrême au niveau du matériel, mais qui réclame une sensibilité et un doigté qu’il est difficile de définir. Je crois que c’est la somme des expériences, les heures à essayer tous types d’appâts ramassés dans l’herbe ou dans l’eau, à observer, compiler, absorber finalement, toutes ces expériences. C’est la pêche me direz-vous. C’est la vie même. Mais si les évolutions ont été galopantes dans d’autres domaines et notamment dans le carnassier, pour mieux localiser, atteindre plus vite ou encore tromper plus facilement les carnassiers, le toc n’a finalement pas beaucoup évolué. Certes on a peut-être de meilleurs hameçons, des cannes plus légères et des waders sans conteste plus étanches, mais depuis le début nous avions les moyens. La truite est là, devant nous, dans cette veine d’eau. Aucun suspens, le milieu est petit, la densité étant ce qu’elle est on ne pêche pas dans le vide. On pêche peut-être « à côté », mais pas dans le vide, ce qui n’est pas toujours vrai au carnassier ou encore en mer. Alors oui c’est un petit milieu, mais le positionnement des poissons est invariable et étroitement lié à la température, la lumière, la turbidité ou encore à la nourriture du moment, et on sollicite vraiment beaucoup plus de poissons que l’on en prend, aussi performant soit-on.

Alors évidemment je suis attaché au côté « vivant » de cette pêche, une eau vive, qui galope la plupart du temps au cœur de la nature et loin des cons. Attaché je le suis aussi à ce poisson qu’est la truite, elle force le respect par sa morphologie parfaite, sa robe variable, son aptitude à survivre aux pires stress hydriques. C’est aussi un poisson versatile, capable d’attaquer une proie de la moitié de sa taille comme de se focaliser sur un insecte que l’œil humain a du mal à voir. Et c’est là que ça devient un jeu passionnant, encore un grand puzzle à assembler le mieux possible pour se rapprocher le moins loin possible de la vérité, tout en sachant très bien qu’on est encore loin du compte.

Au leurre on a toujours l’excuse de n’être pas assez naturel, on se dit qu’au vairon « on les aurait pliées »…au toc en revanche on a forcément sous la main la nourriture naturelle. En gros les excuses sont minces. C’est aussi ce que j’aime au fond, me retrouver face à ma nullité. Alors elle est relative bien sûr, il arrive que j’en prenne plus que mes compagnons de pêche (moins aussi), et au final des pêches correctes sortent régulièrement, mais invariablement la quantité de touches est faible par rapport à ce que pourrait offrir la rivière si tous les poissons qui ont vu passer l’appât l’avaient pris. A titre d’exemple j’ai souvenir d’une petite montée d’eau sur l’Albarine durant laquelle nous avions attrapé à deux 58 truites sans bouger un orteil, dans un poste où l’on peut compter les cailloux par niveau normal, et qui doit faire 6m de long par 2m de large pour 1m de profondeur. Alors bien sûr la plupart étaient petites (80% faisaient moins de 23/24 et le reste entre 24 et 35cm). En conditions normales nous en aurions certainement attrapé 2 ou 3. Ceci pour illustrer l’écart entre ce qu’il y a et ce que l’on attrape, et qui finalement me plaît bien.

C’est vrai au carnassier évidemment, et heureusement, sinon les spots seraient encore plus pillés qu’ils ne le sont, mais je nous trouve moins d’excuses au toc.

Et puis cette pêche par sa simplicité met en exergue la complicité avec les potes qui nous accompagnent. Sur les petits milieux on pêche un poste chacun en alternance, j’adore ça également. Mars n’est pas forcément le plus facile, les eaux sont encore froides et les truites souvent peu actives, mais je sais très bien qu’à partir de Mai je serai occupé par ailleurs et que je n’irai plus qu’exceptionnellement, alors je me dis qu’il faut mieux avoir une fois de plus les pieds dans l’eau, face à cette pêche qui me reconnecte profondément avec ce que je suis. Elle est empreinte de nostalgie, mais aussi d’excitation de voir la nature se réveiller une fois de plus, de savoir que les truites sont en place, qu’elles survivront encore un peu à toutes les atrocités que l’Homme s’applique à leur faire. Un artefact d’espoir dans cette spirale infernale qui nous emporteras en même temps qu’elles.

Alors faites face vous aussi à votre médiocrité, en profitant de tout le reste, des potes, de la nature. L’eau va vous glacer les jambes, il manquera une cale de beurre sur le pain de la veille pour avaler sereinement ce saucisson dans lequel vous croquerez avec plus d’entrain que les truites dans votre ver, mais l’essentiel y sera, les premiers bourgeons et les franches rigolades. Avec un peu de chance un de vos compagnons maîtrisera le saut de cabri comme la pêche à la truite et s’étalera de tout son long au milieu de la rivière. Donnez-vous une chance de construire tous ces chouettes souvenirs. Nullos, tocards, boubourses de tous bords, chers confrères, prenez votre carte (dans une aapp qui se bouge de préférence) et rendez-vous en mars au bord de l’eau !