Dans le panel de techniques à notre disposition pour prendre des truites, la moins pratiquée reste certainement le leurre souple. C’est pourtant une technique que j’adore employer et qui fait tomber régulièrement des gros poissons.

Alors l’objection principale est le nombre élevé de ratés dûs principalement au fait que la truite a une gueule plutôt petite et que l’unique hameçon simple a bien du mal à se planter lors de ses attaques rapides. C’est effectivement frustrant mais souvent le fait de petits poissons qui viennent taper le souple avec peu de chances de se piquer. C’est donc tout naturellement que je réserve cette technique aux moyennes et grandes rivières, dans lesquelles j’espère prendre de jolis poissons. Disons d’une manière générale que les poissons de moins de 25-28 ne se piquent pas facilement, mais au dessus c’est une autre histoire!

Au chapitre des grands avantages que je trouve à la technique on peut citer l’adaptabilité. Entendez par là la possibilité de pêcher entre 30cm et plusieurs mètres d’eau. Je change peu de grammage en cours de pêche, préférant jouer sur la tension de la bannière, l’inclinaison de la canne/la vitesse de récup, et surtout l’angle en fonction du courant. On a donc accès au leurre souple à des postes qui sont difficilement exploitables au pn. En fait le biais est en partie comblé depuis quelques années par des pn de plus en plus denses qui sont devenus rapidement populaires comme le D Contact ou encore le Ryuki.

Un autre aspect qui me fait aimer cette technique est le côté fin de la perception et de la conduite, dans la gestion de la tension. On retrouve tout à fait les problématiques de gestion de bannière que l’on a dans les pêches au carnassier en linéaire, ou encore dans la pêche au toc. Ni trop tendu ni pas assez, de manière à prendre des touches qualitatives qui débouchent le plus souvent possible sur une capture.

A condition de faire évoluer sa technique on peut même y pêcher une grosse partie de l’année. Car si le leurre souple est particulièrement adapté aux poissons peu mobiles et donc à l’eau froide de début de saison, on peut parfaitement pêcher plus léger, à descendre le courant, quand les débits faiblissent et que l’eau se réchauffe. Pour ma part ce n’est pas ce que j’aime car je prends mon plaisir dans la diversité des techniques au fil des saisons. Faire toute une saison sur le même poisson, sur le même lieu, ou sur la même technique serait une vraie punition. Je préfère toucher à tout sans exceller dans une pêche en particulier.

Revenons à nos moutons, et à ce début de saison et ses eaux froides. Vous l’avez compris, eau froide de début de saison rime avec poisson peu mobile, qu’on va aller chercher au plus près du fond, et qui va être peu enclin à courir après un leurre qui descend le courant à fond les ballons. On va donc avoir une action de pêche 1/4 à 3/4 aval, en se servant de l’appui du courant sur la bannière pour avoir un leurre qui décrit des arcs de cercle tout en restant près du fond. Je n’ai jamais remarqué dans l’eau froide que les animations marquées apportaient un plus, je me contente juste une fois le contact trouvé avec le fond de décoller le leurre et de le porter dans le courant, qui le rabat gentiment sur ma bordure. Le reste n’est question que de sensibilité, de feeling. Trop lourd ou trop détendu et c’est souvent l’accroc si le fond est composé de galets ou de blocs, trop léger ou trop tendu et le leurre va voler au dessus des truites qui le laisseront passer. Si en rendant d’un coup 1m de tresse le leurre ne se pose pas immédiatement c’est que l’on pêche trop tendu ou trop léger (on reste bien sûr sur les eaux froides de ce début de saison dans mon explication).

Comme sur toutes les pêches qui réclament un contrôle de bannière et une bonne sensibilité, il est important de choisir le bon matos. Voilà donc un point sur le matos que j’utilise:

  • la canne est importante. Trop raide ou trop puissante elle ne transmettra pas les infos qui nous intéressent. On doit sentir l’intensité des chocs de la tête sur les cailloux pour savoir si on doit pêcher plus ou moins tendu. Trop courte elle ne permettra pas d’immerger la juste longueur de bannière pour chercher le bon appui du courant , trop lourde elle ne sera pas maniable et fatigante à la longue. J’utilise en général une canne de 2m10, en sachant que je pêche sois légèrement dans l’eau sois sur des berges pas trop hautes. J’ai un Terminator Pro Linear Light qui va pas mal pour ça, mais une Prism 2m10 Medium Light ou même Medium pour la grande rivière conviennent parfaitement si le budget coince.

  • Le moulin n’est pas hyper important à mon sens. Il faut juste un frein fiable et que ça tourne correctement. J’utilise un Prism 2500 mais les classiques Shimano Sedona ou Daïwa Ninja sont aussi très biens.
  • La tresse en revanche est un élément important. Trop fine elle ne créé pas l’appui nécessaire, trop épaisse elle fait voler le leurre. S’il y a un truc dans lequel mettre le prix c’est sûrement ça. On choisit une tresse 8 brins en PE0.6 ou PE0.8, voir PE1 en grande rivière. Une Varivas Super Trout, une Siglon PE8, ou encore une J Braid Grand X8 sont des valeurs sûres. J’évite de donner des diamètres car c’est très variable en fonction des marques. Celles que j’ai cité sont plutôt fines.
  • Le bas de ligne. Je le fais assez long, car selon les conditions il faut laisser pas mal de bannière. Il y a un côté discrétion évidemment mais aussi abrasion car je ne veux pas abîmer la partie terminale de ma tresse en la laissant frotter sur les cailloux. J’utilise dans 80% des cas du 22/100. Evidemment j’utilise le Fox Rage Drop’nJig que je trouve excellent, mais il existe des produits spécifiques plus haut de gamme comme le Varivas Trout Shock Leader.
  • Les têtes plombées. Là encore sujet pointu! Je cherche en priorité des têtes avec des hameçons qui n’ont pas une ouverture trop importante. J’ai longtemps utilisé (et j’utilise encore) les Berkley Allround en 3.5, 4.7 et 7g. Leur tête biseauté offre un appui excellent sur le courant et aide à balayer correctement la transversale de la rivière. L’hameçon est très bon et autorise à bourriner un peu. Si le fond est propre je mets depuis peu des petites têtes rondes en tungstène de chez Spro. Le tungstène, plus dense et plus « sonore » que le plomb fait vraiment la différence, la foule d’infos transmises est vraiment plus importante, j’adore ce produit. Quand il y a un risque de semer des tp j’utilise des têtes moins chères, comme les micro jighead Fox, ou d’autres têtes en vrac. J’aime vraiment bien les têtes rondes qui me permettent de m’adapter plus facilement à la force du courant et qui sont parfaites aussi dans les « morts ». Reste une forme intermédiaire pleine de promesses, la Warhead de chez PLP!
  • Et enfin les leurres! Vous n’avez que l’embarras du choix en sachant que les deux grands types sont les shads, que j’aime beaucoup en début de saison pour battre du terrain (ils ont plus d’appui donc ils ont tendance à pêcher plus vite que les finess). Là, Gotam shad, Flash J, Easy Shiner, One up, Mini Fry, etc…Les leurres effilés offrent moins de prise au courant et sont aspirés plus facilement, et à l’inverse les shads trapus offrent une grosse résistance, intéressante pour pêcher les grands lisses.
  • L’autre grand type, les minnow (ou finess), que j’utilise toute l’année regroupe toutes les formes effilées sans caudale. Queue droite ou en V peu importe. Là je vous conseille les Power Minnow, Drop shot minnow, Hazedong, Shad Impact, I shad, Noike Red Bee, petit Dolive Stick, etc….

Il me reste à vous encourager à essayer la truite au souple, c’est une école pour les autres pêches. Il faut comme pour toutes les pêches de la truite avoir une bonne lecture de l’eau, et être appliqué. Tout va plus vite qu’en eau morte et la truite est un poisson fantastique, certainement mon préféré.

A bientôt au bord de l’eau!