Quel drôle de format!

J’ai répondu favorablement à l’invitation de Willem Stolk, l’organisateur de cette épreuve d’un genre nouveau, à participer à la World Crank Cup.

Pourquoi « World » on n’en sait rien puisque les inscriptions sont sur invitation de Willem, qui sélectionne les pêcheurs qu’il considère comme étant les meilleurs et/ou ayant gagné au moins une grande compétition de pêche au leurre. Pourquoi « crank » par contre, on en a une idée assez nette, car ne sont autorisés comme leurres que des crankbaits. Pas question donc d’attacher un leurre souple, un chatter ou encore un jerk. Cela en fait un format très à part. L’autre singularité c’est que le faible nombre de compétiteurs permet de mettre un « marshall » à bord de chaque bateau (entendez un commissaire). Autre point qui change également, c’est que cette compétition est individuelle. Me voilà donc parti fin septembre pour un trip que je commence à connaître par cœur, Sallanches-Rotterdam….

Le bon côté c’est qu’à part le bateau le matos est à son minimum. 2 ou 3 cannes et 2 boîtes de cranks! J’arrive dans le week-end sous des trombes d’eau et du vent qui empêchent de sortir. Un grand classique en Hollande!

J’aurai donc un peu de temps pour préparer mes cannes (pour une fois)…

Puis enfin le temps devient correct et je peux sortir…

Je démarre complètement au pif car la zone est grande (Amer, Merweede, Oude Mas et Dordtsche Kil). La première touche sera le fait d’un gardon (!), puis je commence par trouver une paire de perches de taille moyenne…la première a cette pigmentation particulière qu’on retrouve souvent sur les perches Hollandaises…

Pour cette crank cup, la prime est à la polyvalence puisqu’il faut prendre 4 espèces pour faire une « full card », brochet, perche, sandre et aspe. Plus facile à dire qu’à faire dans un temps donné avec pour seul leurre un crank…

Les parcours ont en commun d’être des rivières (avec plus ou moins de courant), où se succèdent des épis rocheux. Les accélérations de courant formées sont toujours de bons spots en cette fin d’été…

En les abordant d’une certaine façon je me mets à prendre beaucoup de brochets, y compris pendant 2 bonnes heures 1 par poste….

Le vent étant de la partie je suis parfois obligé d’utiliser une spinning. Les lancers avec vent de face sont moins gênants, je peux plonger profondément le scion sous l’eau pour donner plus de profondeur à mon crank, notamment lorsque j’essaie de prendre un sandre.

On compose avec une 5ème espèce, l’ide, très agressif sur les cranks et qui font monter le palpitant…

Je trouve un broc bien métré sur un épi au deep crank…

Un autre compétiteur Polonais qui passait par là me fait une petite photo, merci Tomasz

Je concluerai 2j de préfishing en attrapant une perche qui sort un peu du lot, mais sans que ce plan ne soit réellement reproductible, vu que je l’ai prise loin de toute structure, au milieu de rien, en crankant comme un âne sous la pluie battante…

Bref, j’ai quand même passé des heures sur l’eau pour avoir un début de plan, en essayant d’intégrer une variable cruciale là-bas, les changements de niveaux et de débit dûs aux marées! J’ai bien sûr eu des infos sur les postes qui ont donné l’année précédente mais je n’irai pas. J’ai en fait horreur de ça, il faut vraiment que je n’ai rien trouvé d’autre.

La première manche débute après un strict contrôle des bateaux, et je démarre près de la mise à l’eau. Les poissons répondent présents tout de suite et je rentre quelques poissons, à commencer par un sandre modeste. Pour le classement il faut 1 broc, 2 sandres, 2 perches, et un aspe, et le classement est établi avec l’addition des classements par espèce.

Puis suivent quelques brochets moyens autour de 60/70, et une douzaine de perches qui me permettent d’augmenter progressivement ma taille moyenne. Je rentrerai même une 47 et une 48cm. Cette dernière a aspiré mon crank à un mètre du scion, une action fantastique!

Je rentre aussi un aspe, pour être honnête je ne l’ai pas fait exprès, mais tant mieux car c’est un bonus! En fin de manche je garde un peu de temps pour un secteur que j’avais repéré mais pas pêché au préfishing. Sur le spot qui me plaisait tant je prends une touche somptueuse et après un combat très chouette je monte dans le bateau un broc de 101, refait!

Grâce à cette pêche je remporte le classement perche, ce qui me ramène 1 point, le classement brochet, un autre point, mais il s’est pris 9 sandres plus gros que le mien donc je prends 10 points. L’aspe me ramène un bonus (-2 points).

Avec ce total de 10 points je suis 2ème derrière Gerrit Broders.

J’attaque donc la 2ème manche en essayant de reproduire mon coup de la veille, car une fois la lumière haute je ne trouve plus les sandres. La chance me sourit puisque je rentre tout de suite 2 sandres maillés. Quelques perches et brocs moyens entre 65 et 70 viendront émailler la journée. Je réitère aussi le coup de l’apse, en le cherchant davantage cette fois, sur les accélérations de courant formées par les pierriers.

Mon score est moins bon que la veille car avec une moyenne à 37cm je ne suis que 7ème aux perches. Par contre il s’est pris très peu de sandres, ce qui me classe 2ème sur l’espèce. Même si le plus gros broc de la journée fait 83, mon pauvre 69cm ne me rapporte pas mieux que 10 points. Encore une fois -2 pour l’aspe et je me retrouve avec 17.5points. 3ème de la journée et 2 ème au général provisoire.

A ce stade nous sommes 3 très largement en tête, Willem avec 5 points, moi avec 6 et Gerrit avec 7. Le poursuivant ayant 14 points ça devrait être compliqué de descendre du podium!

Le dernier jour je ne change évidemment rien à la stratégie. La touche de sandre du matin arrive à point nommé au bout de 10min, un beau poisson de presque 70. Je le glisse au dessus du filet et par une figure façon Fosburry il réussit à accrocher un triple dans le filet et à ressortir. Une frustration géante m’envahit, mais à ce stade rien de très grave puisqu’il me reste la journée pour rentrer perches et brocs. La 2ème touche tarde à venir, je descends un peu en taille (Hornet 4.5) et je finis par avoir une touche, sans avoir changé de zone. C’est un broc métré estimé à 110 que je combats pendant une bonne vingtaine de secondes pour qu’arrivé au bateau il rushe et se décroche. J’avais pris soin de changer de canne pour choisir un modèle suffisamment souple qui soit en rapport avec mes triples plus fins que sur mes Hornet 5.5. J’apprendrai le soir que Pierre Johnen le décrochera lui aussi en fin de journée, c’était son jour à celui là….J’enquille quelques brocs toujours calibrés à 65/70 mais je réussis à passer à travers les perches alors que les deux jours précédents j’en ai pris au moins 12 à chaque fois. Je prends un aspe qui ne sert à rien puisque je n’ai pas toutes les autres espèces. Résultat je mange 16 points sur la seule dernière journée pour prendre la 5ème place au général, doublé sur la ligne par JMB et Luc Coppens.

Moralité à la pêche rien n’est jamais acquis. J’ai renforcé ma conviction que la seule certitude c’est qu’il n’y en a aucune! Alors on peut tourner le problème dans le sens que l’on veut, la seule vérité c’est que quelque chose de non palpable a changé et que je n’ai pas sû m’adapter. J’ai gardé ma stratégie de bout en bout, et j’ai sombré avec elle. J’ai au moins la satisfaction de ne m’être pas perdu en route en changeant tout, mais parfois tenir c’est lâcher!

Je n’aurai donc pas le plaisir de pêcher la World Crank Elite, qui regroupera les 3 premiers de cette compétition pour un format filmé intégralement. C’est là où ce format est vraiment intéressant je trouve. Bonne chance à eux, je suivrai ça de loin!