Créés à l’origine pour la pêche sous la glace, les Ice Jig, dont le modèle le plus populaire est le Jigging Rap de Rapala, se révèlent imbattables dans certaines conditions dans nos eaux…sans glace. Alors évidemment ils seraient bons sous la glace si nous avions le droit d’y pêcher, mais le fait est que c’est interdit comme à peu près tout ce qui est un peu efficace.

Bref, il réunit des caractéristiques que n’offre aucun autre leurre. Tout d’abord parce qu’il est en plomb. Il coule donc très vite et permet de pêcher profond voir très profond. D’autre part ses ailettes plastiques placées à l’arrière censées le faire décrire un large cercle à la descente ont clairement un rôle dans le caractère aléatoire de la trajectoire descendante. On omettra le fait que c’est une vraie botte d’épingles (5 pointes d’hameçon sur un leurre de 5 à 9cm enflé comme un haricot vert c’est quand même un record. Au delà il n’y a que la turlutte à squid et la chaîne de triples de Jojo le gitan qui sévit au seuil d’Agde), car c’est plus un inconvénient qu’un avantage à mon sens (ça « grappine » des poissons curieux au décollage)…

En ayant développé pour Abu je m’étais évidemment penché sur la question de la structure et de l’équilibre. Il n’étaient pas aussi qualitatifs que les jigging Rap originaux ni que les Kuusamo Finlandais mais fonctionnaient correctement. Je ne retrouve pas de coupe longitudinale mais l’armement est composé de 3 éléments en réalité (2 simples et un triple ventral)…

Je crois que les 2 simples sont considérés comme un double dans la mesure où ils sont reliés, mais on flirte clairement avec les limites de la loi, laquelle autorise 2 hameçons max par leurre. Alors je ne vais pas m’étendre sur la structure du leurre, il n’y a rien de sorcier, un léger décalage du centre de gravité l’aide à partir vers l’avant, les ailes font le reste. Je pense vraiment que jigging, metal jig ou plomb pal ont en commun une vitesse de descente élevée et aléatoire qui fait 99% de leur efficacité.

Les percidés y sont hyper sensibles et se montrent vraiment réceptifs à cette action. Alors évidemment selon les conditions le jigging sera supérieur au plomb qui sera supérieur au métal jig, et inversement, dans n’importe quel ordre. Mais, d’une manière générale, quand l’un marche l’autre n’est pas loin. D’où l’intérêt de savoir se servir des trois. Les surprises ne sont pas à exclure non plus, cyprinidés ou bass peuvent s’inviter…

Pour s’intéresser au cas du jigging je précise tout d’abord que je ne l’utilise (comme le plomb et le metal jig) qu’en automne/hiver, quand les percidés se regroupent, ou occasionnellement en dernier recours sur des échos marqués qui ne veulent rien savoir. Et c’est d’ailleurs bien en hiver, lorsqu’il faut pêcher profond, qu’on en tire le meilleur. Disons qu’un jigging de 7cm, qui est la taille que j’utilise le plus, pêche parfaitement entre 6/7 et 12/15m en plan d’eau. Pour l’étiage en fleuve ou les barrages profonds le 9cm est souvent mieux adapté.

Pour parler matériel rapidement il faut une canne courte (6 pieds/183cm), un moulinet taille 1000 ou 2000 (pas besoin de lancer, pas besoin de capacité), une tresse fine type Fireline en 10 ou 12….c’est en fait un combo verticale un peu light. C’est important d’avoir une légère souplesse en pointe on verra pourquoi plus loin. Le montage est complété avec un bas de ligne fluoro (j’aime bien mettre du 30, y’a pas moins de touches et ça permet de sauver quelques jiggings)….Une agrafe peut éventuellement relier le jigging.

L’action de pêche quant à elle, puisque c’est ce qui nous intéresse, est assez simple. Néanmoins comme pour le plomb ou encore le metal jig, ce sont toujours les mêmes qui ont plus de touches. C’est simplement que sous ses aspects de pêche rustique il y a quelques subtilités à maîtriser pour décupler le nombre de touches. Ceux qui ne le pratiquent pas, par snobisme la plupart du temps, prennent ça pour une pêche de niais et croient qu’il suffit de le secouer violemment dans le fond pour avoir une touche ou de grappiner un poisson si éventuellement il n’est pas d’accord pour mordre. A y regarder de près c’est un peu plus subtil et l’animation fait la diff. On l’a vu précédemment c’est le mouvement à la descente qui fait quasi tout, et à l’instar d’autres pêches plus « nobles » la tension de la bannière durant cette phase est très importante. A la différence du plomb, elle sera même « évolutive » au jigging. En haut d’animation le relâché est franc, bien détendu, c’est l’absence de tension qui va donner « l’élan » nécessaire à la prise de vitesse et le caractère aléatoire de la trajectoire, puis la bannière se tend petit à petit pour ralentir la chute, puis fini au raide pour amortir réellement la chute avant l’immobilisation à quelques centimètres du fond. le fait de ne pas poser évite aussi largement d’harponner des poissons qui se mettent en observation au dessus. Dans ces cas là la touche est plutôt franche…

La variable sera ensuite l’amplitude. Je n’aime pas du tout les grandes tirées amples et rapides comme on le voit souvent faire. Je ne dis pas que ça ne marche pas (à vrai dire j’en sais rien), mais ce n’est pas comme cela que je fais. Disons qu’une amplitude de 50cm constitue pour moi un maximum, 30cm étant  par défaut. Il arrive même que ça marche mieux avec une amplitude très faible (5/10cm). Ceci est assez lié avec le degré de réaction des poissons, d’une manière générale des amplitudes fortes et une pêche rapide sans temps mort peux marcher lorsque les poissons sont particulièrement agressifs. Mais plus généralement étant donné que l’on pêche dans l’eau très froide des poissons qui « tournent » au ralenti, on aura plus intérêt à avoir une amplitude modérée et des temps de pause (d’immobilisation du leurre) plus longs. Les perches, qui sont quand même la cible principale du jigging, tapent comme au plomb plutôt à l’arrêt (stop en bas ou carrément sur le fond) tandis que les sandres ont tendance à prendre à la descente avant l’arrêt.

Un des gros problèmes du jigging est sa capacité à aller chercher le moindre accroc aux alentours! On peut limiter un peu en enlevant le triple, puisque ça ne baisse pas drastiquement le rapport touche/capture. La plupart des poissons sont pris sur un simple de toute façon. A utiliser donc sur les endroits plutôt cleans.

A nouveau, le jigging ayant en commun avec plomb et le metal jig une attractivité forte et surtout non sélective, je vous encourage à relâcher au maximum vos prises. Au milieu de 50 perches de 20 se glisse souvent une 40, agacée par la « vie » que l’activité des perchettes a créé…De la même manière, ce n’est pas parce que le leurre pêche bien dans 30m qu’il faut y pêcher. Si les poissons ont l’estomac poussé par la vessie natatoire, mieux vaut chercher un peu pour en trouver dans des profondeurs plus faibles. En espérant que ce petit billet vous ait donné quelques clés pour réussir au jigging….